Armes
- ⚔️TronçonneuseLÉG.
- ⚾Batte cloutéeRARE
- 🧹BalaiCOMMUN
Personne ne pouvait dire avec certitude ou cela avait commence. Certains accusaient le port de Cotonou, la plaque tournante de tout ce qui entrait en Afrique de l'Ouest, ou un conteneur de pieces detachees en provenance de Lagos avait ete ouvert par les douaniers et referme immediatement, les agents refusant de dire ce qu'ils avaient vu entre les alternateurs et les radiateurs. D'autres pointaient le marche de Dantokpa, le plus grand marche a ciel ouvert d'Afrique de l'Ouest, ou un vendeur de viande de brousse proposait des morceaux d'une bete que les chasseurs de Pendjari ne reconnaissaient pas. Quelques-uns parlaient du vodoun, de la ceremonie de Ouidah qui avait mal tourne, du pretre qui avait invoque quelque chose et n'avait pas su le renvoyer. C'etait un mardi. Dix-sept heures vingt-cinq. L'heure ou le pont de Cotonou reliait l'enfer a l'enfer, ou les zemidjans frolaient les retroviseurs a cent a l'heure, ou Dantokpa pulsait comme un coeur de beton et de tole.
« À la tombée de la nuit, la Place de l'Étoile Rouge brillait encore au-dessus de Dantokpa, éclairant une ville où plus rien de vivant ne restait. Le boulevard Saint-Michel, désert, était jonché de zémidjans renversés et de pagnes abandonnés. Et dans l'obscurité, elle avait faim. »
Du katana à la marionnette de Billy. Du char de combat au nain de jardin. Chaque survivant a droit à 3 items : choisis-les bien. Débloque de nouveaux objets en gagnant de l'expérience.
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La couronne impose le respect même au milieu du chaos. Le leader rayonne de prestance, personne ne conteste ses ordres.
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Dantokpa ne tomba pas. Dantokpa implosa. Le marche ou trois cent mille personnes se croisaient chaque jour, ou les allees avaient des noms que seuls les habitues connaissaient, ou les vendeuses de tissu regnaient depuis des decennies sur des empires de pagne. Un porteur s'ecroula dans l'allee des poissons. L'odeur du poisson couvrit l'odeur de ce qui suivit. Les premieres victimes furent les femmes assises derriere leurs etals, coincees entre la marchandise et le mur, sans recul, sans issue. Le marche mit huit minutes a comprendre. Huit minutes, c'est un siecle a Dantokpa.
Les premieres videos partirent de Dantokpa meme, filmees par les jeunes vendeurs de credit telephonique qui avaient toujours un oeil sur leur ecran. Un live Facebook de quarante-trois secondes montra la foule refluant des allees du marche, des corps tombes pietines, quelque chose de sombre se mouvant entre les etals. MTN Benin tomba a dix-sept heures cinquante-six. Moov Africa a dix-huit heures deux. La SBEE avait fait son delestage a quinze heures et personne n'avait verifie si le courant etait revenu parce qu'a Cotonou on ne verifie plus, on attend.
Le President de la Republique, depuis le palais de la Marina, parla a la nation sur la tele nationale a dix-huit heures quarante-huit. Un discours calibre, technocratique, mentionnant un incident sanitaire et des mesures de confinement. A dix-neuf heures vingt, le palais de la Marina etait evacue. La garde presidentielle, la mieux equipee du pays, escorta le convoi vers l'aeroport de Cadjehoun. Le Benin, le quartier latin de l'Afrique, le pays des intellectuels et des constitutions, decouvrit que la constitution ne prevoyait pas de clause zombie.
La police republicaine tenta un barrage au carrefour Steinmetz. Les policiers, reformes, modernises, equipes par la France, tinrent le carrefour quinze minutes. Puis la masse arriva par les venelles du quartier Zongo, ces passages que meme les plans de la mairie ne repertoriaient pas, et le carrefour fut deborde par les flancs. Les forces armees beninoises, deployees depuis le camp Ghezo, arriverent au boulevard de la Marina a dix-neuf heures quarante-cinq. Trop tard pour la rive est. Assez tot pour voir la rive ouest commencer a tomber.
Akpakpa tomba en premier. Le quartier populaire de la rive est, separe du centre par la lagune, ou les maisons en parpaing poussaient sans plan entre les marais, ou les rues disparaissaient a la saison des pluies sous trente centimetres d'eau. Les comites de quartier, ces structures benevoles qui organisaient la collecte des dechets et le nettoyage des caniveaux, organiserent l'evacuation des enfants vers l'eglise celeste la plus proche. Les eglises celestes du Benin, ces cathedrales blanches aux colonnes naives, accueillirent des centaines de personnes. Les prophetesses en robe blanche prierent. Les murs blancs devinrent rouges.
Cadjehoun, Haie Vive, Les Cocotiers, les quartiers residentiels tinrent le temps de leurs murs et de leurs gardiens. Fidjrosse, le quartier des pecheurs, vit la mer comme un refuge. Les pirogues partirent. Certaines atteignirent les eaux profondes. D'autres furent rattrapees sur la plage, les pecheurs mordus avant de pousser la coque dans l'ecume.
Ouidah, a quarante kilometres, la ville sacree du vodoun, la ville ou les esclaves partaient par la Porte du Non-Retour, la ville ou le python sacre du temple etait venere depuis des siecles, sentit la vague arriver par la route nationale. Les pretres vodoun de Ouidah firent face. Ils connaissaient les morts. Ils parlaient aux morts. Ils dansaient avec les morts lors des ceremonies de Revenant. Mais ces morts-la ne dansaient pas. Ces morts-la mordaient.
A vingt-trois heures, la cathedrale Notre-Dame de Cotonou, sur l'avenue Clozel, etait encore eclairee par les bougies de ceux qui priaient a l'interieur. La lagune de Cotonou refletait les flammes des quartiers en feu. Le stade de l'Amitie, construit par les Chinois, dressait sa coupole dans le noir. Le monument de l'Etoile Rouge, vestige de l'ere marxiste du Benin, pointait vers le ciel une etoile que personne ne regardait plus.
Cotonou. La ville qui n'etait meme pas la capitale mais qui etait tout. La ville des zemidjans et de Dantokpa, de l'Ancienne Branche et de la biere La Beninoise. La ville ou le vodoun respirait sous le bitume et ou les morts n'avaient jamais ete completement morts. Ce soir, les morts lui donnerent raison.
Deux millions de bouches. Ouvertes. Pour mordre.