Armes
- ⚔️TronçonneuseLÉG.
- ⚾Batte cloutéeRARE
- 🧹BalaiCOMMUN
Personne ne pouvait dire avec certitude ou cela avait commence. Certains accusaient le poisson seche du marche de Soumbedioune, celui que les femmes faisaient fumer sur la plage depuis des generations, sauf que cette semaine le poisson avait une odeur differente, une odeur que meme les mouches evitaient. D'autres montraient du doigt le cargo pakistanais a quai au port autonome de Dakar depuis onze jours, dont l'equipage n'avait pas debarque une seule fois, dont la cale numero trois suintait un liquide noir que les dockers avaient signale sans reponse. Quelques-uns murmuraient a propos du corps remonte par la maree a la Corniche, pres de la Mosquee de la Divinite, un corps sans papiers, sans visage, sans explication, que les pompiers avaient couvert d'un drap et laisse sur le sable parce que la morgue de Le Dantec etait pleine depuis mardi. C'etait un mardi. Dix-sept heures neuf. L'heure ou les cars rapides de Petersen crachaient leurs passagers au Plateau, ou les Ndiaga Ndiaye remontaient l'autoroute a peage bourres jusqu'au toit, ou la Place de l'Independance devenait un ocean de costumes et de boubous presses de rentrer.
« À la tombée de la nuit, le phare des Mamelles balayait encore la côte, éclairant une ville où plus rien de vivant ne restait. La corniche ouest, déserte, était jonchée de boubous abandonnés et de sandales éparses. Et dans l'obscurité, elle avait faim. »
Du katana à la marionnette de Billy. Du char de combat au nain de jardin. Chaque survivant a droit à 3 items : choisis-les bien. Débloque de nouveaux objets en gagnant de l'expérience.
Les repas deviennent des œuvres d'art. Le moral de l'équipe ne descend jamais sous 60%.
Les équipes qui disposent encore de quelques informations sur le monde d'avant tiennent plus longtemps. Connecte-toi pour activer le bonus permanent.
La couronne impose le respect même au milieu du chaos. Le leader rayonne de prestance, personne ne conteste ses ordres.
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La gare routiere de Pompiers fut la premiere a tomber. Dix mille personnes chaque soir dans ce noeud de bus, de taxis clandos et de vendeurs ambulants ou chaque centimetre carre etait negocie. Un apprenti de car rapide s'effondra entre deux vehicules, convulsant sur le bitume huile. Les autres apprentis crurent a une crise de paludisme. Le premier qui le toucha perdit un doigt. Le deuxieme perdit la gorge. En quatre minutes, les cris avaient atteint l'avenue Lamine Gueye. Les policiers du commissariat central, a deux cents metres, penserent a une bagarre entre chauffeurs. Ils arriverent avec des matraques. Ils auraient eu besoin de miracles.
A dix-sept heures trente-deux, un etudiant de l'UCAD filma depuis le toit de la Faculte des Lettres. Trente secondes de chaos pur, des silhouettes courant sur l'avenue Cheikh Anta Diop, des voitures abandonnees portieres ouvertes, quelque chose qui marchait au milieu de la chaussee avec la lenteur de quelqu'un qui n'a plus besoin de se presser. La video atteignit deux millions de vues sur TikTok avant qu'Orange ne tombe. Free suivit trois minutes apres. Expresso dura jusqu'a dix-huit heures vingt et une, le temps pour un dernier vocal WhatsApp envoye depuis l'hopital Principal: la voix d'une infirmiere qui disait simplement qu'ils montaient par les escaliers et que personne ne repondait au SAMU.
Le President de la Republique apparut sur la RTS a dix-huit heures quarante-sept depuis le Palais de la Republique. Il parla de calme. Il parla de forces de l'ordre. Il parla de maitrise de la situation. A dix-neuf heures quinze, le Palais etait noir. Pas a cause des zombies. A cause de la Senelec, qui avait debranche le quartier du Plateau a dix-sept heures quarante-cinq pour delestage programme, comme chaque mardi, comme chaque semaine, parce que le Senegal produisait moins d'electricite qu'il n'en promettait et que meme la fin du monde ne changeait pas le planning de la Senelec. A vingt heures deux, le standard de la Presidence sonnait dans le vide. Le gouvernement du Senegal venait de rejoindre sa longue tradition de disparaitre quand les Senegalais avaient le plus besoin de lui.
La police dakaroise, deja debordee chaque vendredi par les embouteillages de la Patte d'Oie, deja insuffisante pour gerer les manifestations etudiantes de Cheikh Anta Diop, deja absente des quartiers quand il fallait y etre, ne fit pas le poids. L'armee deployee depuis le camp Dial Diop arriva au Plateau a dix-neuf heures trente, progressant au pas dans les embouteillages de l'autoroute, les blindes bloques derriere des Ndiaga Ndiaye vides. Les barrages routiers, concus pour des voitures, etaient inutiles face a ce qui marchait entre les vehicules, ce qui passait par-dessus les terre-pleins, ce qui n'avait ni papiers a controler ni peur des armes.
La Medina tomba la premiere parce que la Medina tombait toujours la premiere. Le quartier le plus dense de Dakar, ou les ruelles n'avaient pas de nom et les maisons pas de numero, ou les familles de vingt personnes partageaient des cours de trente metres carres. Les passages entre les murs, trop etroits pour une ambulance, trop nombreux pour etre surveilles, devinrent des veines par lesquelles l'infection circula comme le sang. Les vieux du quartier, ceux qui avaient connu l'independance, organiserent les jeunes aux intersections. Ils tinrent la rue Blanchot pendant quarante minutes avec des barres de fer et des briques. Mais chaque ruelle debouchait sur une autre ruelle, et chaque ruelle avait une porte ouverte.
Parcelles Assainies. Le nom etait deja une blague avant les zombies. Le quartier-dortoir de la classe moyenne, cent mille habitants au kilometre carre, des immeubles inacheves colles les uns aux autres, des escaliers exterieurs sans rampe, des terrasses ou les familles dormaient l'ete pour echapper a la chaleur. Les terrasses devinrent des refuges, puis des pieges, quand ce qui montait les escaliers n'avait pas besoin de rampe. Guediawaye suivit, puis Pikine, puis Thiaroye, les banlieues s'effondrant les unes dans les autres comme des dominos poses trop pres.
Les Almadies, le quartier des ambassades et des restaurants de fruits de mer ou le homard coutait le salaire mensuel d'un pecheur, tomberent avec une ironie que personne n'etait la pour apprecier. Les villas fortifiees des ministres et des hommes d'affaires, avec leurs murs de trois metres, leurs cameras, leurs gardiens Masai recrutes au Kenya, tinrent exactement aussi longtemps que les generateurs. Quand le diesel s'arreta, les portails electriques resterent fermes. De l'exterieur. Et de l'interieur.
Le Point E et le Plateau tinrent grace a la Grande Mosquee de Dakar. L'imam rassembla trois mille fideles entre les murs de marbre blanc. Les hommes barricaderent les portes avec les bancs de bois et les tapis de priere roules en cylindres. Les femmes organiserent les enfants dans la salle de priere du premier etage. Les sourates montaient dans l'air chaud pendant que, dehors, l'avenue Leopold Sedar Senghor devenait meconnaissable. La mosquee tint. Elle tint parce que les murs etaient epais et les portes etaient lourdes et la foi etait immense. Elle tint jusqu'a ce que quelqu'un a l'interieur commence a tousser, puis a trembler, puis a mordre, parce que la foi ne guerit pas les morsures.
L'ile de Goree, a trois kilometres de la cote, vit les flammes de Dakar depuis ses remparts de basalte. Les derniers touristes et les habitants regarderent la Maison des Esclaves, la Porte du Non-Retour par laquelle des millions d'Africains etaient partis sans jamais revenir. Ce soir, c'etait tout un continent qui regardait par cette porte. Le dernier ferry n'arriva jamais.
A vingt-trois heures, le Monument de la Renaissance Africaine, ce geant de bronze de cinquante-deux metres au sommet des Mamelles, se dressait encore au-dessus de la ville. Son bras leve pointait vers le ciel. En contrebas, l'autoroute a peage etait une riviere immobile de phares. Les pirogues de Soumbedioune derivaient sans pecheurs. Le phare des Mamelles tournait encore, balayant une ville qui n'avait plus besoin de lumiere pour voir dans le noir.
Dakar. Trois millions d'ames entre l'ocean et le continent. La teranga, l'hospitalite legendaire, avait ouvert chaque porte, partage chaque repas, accueilli chaque etranger. Ce soir, cette generosite fut la derniere arme et la derniere faiblesse. On n'apprend pas a un Senegalais a fermer sa porte.
Trois millions de bouches. Ouvertes. Pour mordre.