Armes
- ⚔️TronçonneuseLÉG.
- ⚾Batte cloutéeRARE
- 🧹BalaiCOMMUN
Personne ne pouvait dire avec certitude ou cela avait commence. Certains accusaient le puits du quartier de Boulkassoumbougou, ou l'eau avait un gout metallique depuis une semaine et ou les chevre qui en buvaient mouraient debout, les yeux ouverts. D'autres pointaient la pirogue echouee sur les berges du Niger a Sotuba, sans piroguier, sans filets, avec seulement des traces de griffes sur le bois et une odeur que les pecheurs Bozo refusaient de nommer. Quelques-uns murmuraient a propos du convoi humanitaire revenu du Nord, des medecins qui ne parlaient plus et dont le camp s'etait vide en une nuit sans que personne ne les voie partir. C'etait un mardi. Dix-sept heures vingt. L'heure ou le Grand Marche de Bamako atteignait son pic, ou les Sotrama verts deversaient leurs passagers au carrefour de l'Hippodrome, ou le pont des Martyrs reliait les deux rives du Niger sous un soleil de quarante-trois degres qui refusait de se coucher.
« À la tombée de la nuit, la Grande Mosquée de Bamako brillait encore au-dessus du Niger, éclairant une ville où plus rien de vivant ne restait. L'avenue Kasse Keita, déserte, était jonchée de Sotramas renversées et de boubous abandonnés. Et dans l'obscurité, elle avait faim. »
Du katana à la marionnette de Billy. Du char de combat au nain de jardin. Chaque survivant a droit à 3 items : choisis-les bien. Débloque de nouveaux objets en gagnant de l'expérience.
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La couronne impose le respect même au milieu du chaos. Le leader rayonne de prestance, personne ne conteste ses ordres.
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Le Grand Marche de Bamako explosa le premier. Pas le nouveau batiment climatise que personne n'utilisait, mais l'ancien, le vrai, le labyrinthe de stands et de baches qui debordait sur quatre rues, ou les vendeuses de pagnes cotoyaient les vendeurs d'or et les guerisseurs traditionnels. Un boutiquier malien s'ecroula dans l'allee du tissus a dix-sept heures vingt-deux. Sa voisine, une vendeuse de bogolan du quartier de Dravela, s'approcha pour l'aider. Elle ne l'aida pas longtemps. Les cris furent absorbes par le bruit du marche, par les appels des vendeurs, par le generateur qui alimentait les ventilateurs. Quand les cris devinrent assez forts pour couvrir le generateur, il etait trop tard pour les allees du fond.
Les videos partirent d'abord sur WhatsApp, en vocal, parce qu'a Bamako on ne tape pas, on parle. Un chauffeur de Sotrama envoya un message de quarante secondes en bambara a son groupe familial. Un griot du quartier de Medine diffusa en direct sur Facebook, filmant depuis le toit de la Maison des Artisans, commentant ce qu'il voyait avec la voix de celui qui a raconte mille histoires mais qui n'a pas de mots pour celle-ci. Orange Mali tomba a dix-huit heures. Malitel a dix-huit heures six. L'EDM, l'electricite du Mali, n'eut meme pas la courtoisie de tomber: elle n'avait jamais ete la, le quartier du marche etant en delestage depuis quatorze heures.
Le President de la Transition apparut sur l'ORTM a dix-huit heures quarante-cinq. En uniforme. Il lut un communique de trente secondes declarant l'etat d'urgence. A dix-neuf heures dix, le camp militaire de Kati, a quinze kilometres de Bamako, ou chaque coup d'Etat malien avait commence, fermait ses portes. Non pas pour en sortir sauver la capitale, mais pour se proteger. Les FAMa, les forces armees maliennes, deja deployees au nord contre les djihadistes, deja debordees a Kidal, a Tombouctou, a Gao, n'avaient rien a envoyer a Bamako. Wagner non plus, les mercenaires russes etant cantonnes loin au nord. Bamako, pour la premiere fois depuis les empires, etait seule.
La police municipale de Bamako tenta de boucler le pont des Martyrs. Six policiers avec des sifflets et des gilets orange. Le pont, qui reliait la rive gauche a la rive droite au-dessus du Niger, etait la seule artere qui maintenait la ville en un seul morceau. Les policiers tinrent quatre minutes. Puis ce qui venait de la rive gauche arriva sur le pont, et ce qui venait de la rive droite arriva de l'autre cote, et le pont des Martyrs merita enfin son nom.
Banconi tomba en premier sur la rive droite. Le quartier le plus peuple de Bamako, quatre cent mille ames dans un dedale de maisons en banco et en parpaings ou les rues n'avaient jamais ete tracees, ou les adresses n'existaient pas, ou meme les taxis refusaient de s'aventurer la nuit. Les familles de Banconi, vingt personnes par concession, trois generations sous le meme toit, furent les premieres victimes de cette solidarite qui avait toujours ete leur force. Le chef de quartier, un ancien du RPM, organisa les jeunes avec des dabas et des machettes. Ils barricaderent la rue principale. Mais Banconi n'a pas de rue principale. Banconi n'a que des ruelles, et chaque ruelle mene a une autre ruelle, et chaque ruelle a une porte ouverte parce qu'a Bamako, on ne ferme pas sa porte.
L'Hippodrome, le quartier de la classe moyenne, des restaurants, des maquis, des bureaux des ONG, tint deux heures. Les expats se barricaderent dans le Radisson Blu, celui-la meme qui avait subi l'attaque terroriste de 2015. L'hotel connaissait le protocole du confinement. Les portes etaient blindees, les fenetres renforcees. Cela avait fonctionne contre des hommes armes. Cela fonctionna moins bien contre ce qui ne cherchait ni argent ni otages.
ACI 2000, le quartier administratif moderne, Badalabougou, le quartier universitaire au bord du fleuve, Hamdallaye, ou les familles aisees regardaient la television dans des salons climatises: chaque quartier tomba selon sa geographie et son architecture. Les quartiers anciens, en banco, les murs de terre sechee qui avaient resiste a des siecles de Sahel, resisterent mieux que le beton. La terre absorbe ce qui la frappe. Le beton casse.
La Grande Mosquee de Bamako, face au marche, ouvrit ses portes. L'imam rassembla les fideles. Les voix monterent dans la chaleur du soir, recitant des sourates que des generations de Bamakois avaient recitees avant eux. La cathedrale de Bamako, sur la colline, fit de meme. Les eglises protestantes de Badalabougou accueillirent ceux qui venaient. Dans une ville ou musulmans et chretiens partageaient les memes concessions, les memes fetes, les memes repas, les lieux de priere se remplirent sans distinction de foi. Dieu etait le meme. Les murs aussi. Et les murs ne tinrent pas.
A vingt-trois heures, le pont Fahd, le deuxieme pont de Bamako, etait immobile sous les etoiles. Le Niger coulait en dessous, lent, large, indifferent. Le Monument de l'Independance se dressait dans le noir, invisible parce que l'eclairage public n'avait jamais fonctionne de ce cote. La Tour de l'BCEAO, le plus haut batiment de Bamako, avait ses lumieres allumees aux derniers etages, son generateur tournant pour personne.
Bamako. La ville des trois caïmans. La ville ou le griot chantait l'histoire et ou l'histoire avait du rythme. La ville ou le the se buvait en trois services, le premier amer comme la vie, le deuxieme sucre comme l'amour, le troisieme doux comme la mort. Ce soir, il n'y eut pas de troisieme service.
Trois millions de bouches. Ouvertes. Pour mordre.