Armes
- ⚔️TronçonneuseLÉG.
- ⚾Batte cloutéeRARE
- 🧹BalaiCOMMUN
Personne ne pouvait dire avec certitude ou cela avait commence. Certains accusaient le kwassa-kwassa, cette pirogue de fortune qui s'etait echouee sur la plage d'Itsandra trois jours plus tot, sans passagers, sans moteur, avec seulement des traces sombres sur le bois et une odeur que les pecheurs de Moroni decrivirent comme celle de la viande oubliee au soleil pendant un mois. D'autres pointaient le marche de Volo Volo, ou un vendeur d'epices avait ouvert un sac de vanille en provenance d'un village de l'interieur, Ntsaoueni, dont les nouvelles avaient cesse depuis une semaine. Quelques-uns parlaient du volcan Karthala, dont les fumerolles avaient change de couleur depuis les dernieres secousses, et dont les villages du flanc sud s'etaient tus. C'etait un mardi. Dix-sept heures vingt-deux. L'heure ou les taxis de Moroni redescendaient du plateau vers la Medina, ou le port de commerce dechargeait le dernier bateau de la journee, ou la brise de mer se levait enfin sur une ville ecrasee de chaleur humide.
« À la tombée de la nuit, la Grande Mosquée du Vendredi brillait encore au-dessus de la médina, éclairant une ville où plus rien de vivant ne restait. La corniche, déserte, était jonchée de taxis renversés et de kiofis abandonnés. Et dans l'obscurité, elle avait faim. »
Du katana à la marionnette de Billy. Du char de combat au nain de jardin. Chaque survivant a droit à 3 items : choisis-les bien. Débloque de nouveaux objets en gagnant de l'expérience.
Les repas deviennent des œuvres d'art. Le moral de l'équipe ne descend jamais sous 60%.
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La couronne impose le respect même au milieu du chaos. Le leader rayonne de prestance, personne ne conteste ses ordres.
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Le marche de Volo Volo, le coeur commercial de Moroni, une dizaine de rues en pente couvertes de baches entre la Medina et le port, tomba le premier. Un porteur s'effondra dans l'allee des fruits a dix-sept heures vingt-quatre. Les vendeuses de bananes et de mangues entourerent le corps. Aux Comores, on ne laisse pas un homme seul par terre. Cette generosite fut fatale. En cinq minutes, l'allee des fruits etait devenue un lieu que la langue comorienne n'avait pas de mot pour decrire.
Les videos partirent sur les groupes WhatsApp des villages. Aux Comores, chaque village avait son groupe, chaque famille son groupe, chaque classe d'age son groupe. Un video de sept secondes prise depuis le minaret de la mosquee Ancienne montra la place de Badjanani se vider en courant. Un vocal en shikomori partit du dispensaire de la Coulée, la voix d'un infirmier qui disait que les malades mordaient. Comores Telecom tomba a dix-huit heures deux. L'ile entiere, quatre cent mille ames, perdit le contact avec le monde.
Le gouverneur de Ngazidja parla a la radio nationale a dix-huit heures quarante-cinq. La radio nationale, seul media fonctionnel sur l'ile, emettait depuis un batiment sans generateur de secours. Le discours dura jusqu'a la coupure de courant de dix-huit heures cinquante, programmée par la MAMWE, la compagnie d'electricite, qui maintint son delestage avec une ponctualite que le reste de l'Etat comorien ne connut jamais. Le President de l'Union, qui etait a Anjouan pour une visite officielle, tenta de joindre son gouvernement. Le telephone ne repondait plus.
La gendarmerie nationale et les quelques unites de l'armee comorienne, une armee minuscule pour un pays minuscule, tenterent de boucler la route entre la Medina et le reste de Moroni. A Moroni, il n'y avait qu'une route cotiere qui reliait le nord au sud. Un seul barrage aurait du suffire. Mais Moroni n'etait pas seulement la route. Moroni, c'etait les ruelles de lave noire de la Medina, les passages entre les maisons de pierre qui dataient des sultans, les escaliers creuses dans le basalte que seuls les Moroniens connaissaient. Les morts trouverent ces passages aussi.
La Medina de Moroni, le vieux quartier arabe aux portes sculptees et aux murs de corail, tomba avec la grace terrible de ce qui est ancien. Les maisons centenaires, construites les unes contre les autres dans un desordre poetique de pierre et de chaux, partageaient des murs, des cours, des toits en terrasse ou les familles dormaient les nuits chaudes. Chaque terrasse communiquait avec la suivante. Chaque porte ouvrait sur un voisin. La Medina, concue pour la communaute, mourut par la communaute.
Iconi, Hahaya, Mitsamiouli, les villages de la Grande Comore apprirent par les fuyards ce qui se passait a Moroni. Chaque village se replia sur lui-meme. Les bangwe, ces places publiques ou les anciens decidaient de tout, devinrent des postes de commandement. Les villages comoriens, ces micro-republiques ou le grand mariage determinait le rang social et ou les anciens avaient autorite sur tout, s'organiserent avec des siecles de reflexe communautaire. Certains villages se barricaderent a temps. D'autres ouvrirent leurs portes aux fuyards et laisserent entrer plus que des fuyards.
La mosquee du Vendredi de Moroni, la plus ancienne mosquee de l'archipel, construite par les sultans shiraziens, ouvrit ses portes basses. Huit cents personnes se presserent dans la salle de priere blanche. Le muezzin appela a Isha depuis le minaret carre qui dominait la Medina. L'appel porta sur toute la ville parce que le minaret etait haut et la ville etait petite et le silence etait immense.
A vingt-trois heures, le Karthala, le volcan actif qui occupait tout le sud de l'ile, emettait sa lueur rouge habituelle au-dessus des nuages. La lune eclairait la cote noire de lave. L'ocean Indien, tout autour, n'offrait aucune issue. Mayotte etait a soixante-dix kilometres. Anjouan a quatre-vingts. Sans telephone, sans radio, sans kwassa, les Comoriens de la Grande Comore etaient seuls sur leur ile volcanique.
Moroni. La ville de corail et de lave. La ville ou le grand mariage etait plus important que le mariage civil, ou le bangwe valait mieux que le parlement, ou les morts etaient enterres face a la mer et ou la mer rendait toujours ce qu'elle prenait. Ce soir, la mer ne rendit rien. Quatre cent mille bouches. Ouvertes. Pour mordre.