Armes
- ⚔️TronçonneuseLÉG.
- ⚾Batte cloutéeRARE
- 🧹BalaiCOMMUN
Personne ne pouvait dire avec certitude ou cela avait commence. Certains accusaient les conteneurs du port d'Abidjan, le deuxieme plus grand d'Afrique de l'Ouest, ou un lot en provenance de Guangzhou etait reste bloque trois semaines dans la chaleur sans que personne ne verifie pourquoi le scelle etait brise de l'interieur. D'autres pointaient le marche de viande de brousse d'Abobo, ou des carcasses d'animaux non identifies etaient arrivees d'un village de l'ouest, un village que plus personne ne trouvait sur la route. Quelques-uns parlaient du corps repousse par la lagune Ebrie pres du Plateau, gonfle, noiratre, que les pecheurs avaient pousse avec leurs rames sans le toucher parce que l'odeur etait celle de rien qu'ils connaissaient. C'etait un mardi. Dix-sept heures vingt-deux. L'heure ou le Plateau se deversait dans les gbakas et woro-woros, ou le pont Houphouet-Boigny devenait un parking, ou Adjame atteignait sa densite maximale d'etres humains au metre carre.
« À la tombée de la nuit, la pyramide du Plateau brillait encore, éclairant une ville où plus rien de vivant ne restait. L'avenue Chardy, déserte, était jonchée de wax renversés et de sandales éparses. Et dans l'obscurité, elle avait faim. »
Du katana à la marionnette de Billy. Du char de combat au nain de jardin. Chaque survivant a droit à 3 items : choisis-les bien. Débloque de nouveaux objets en gagnant de l'expérience.
Les repas deviennent des œuvres d'art. Le moral de l'équipe ne descend jamais sous 60%.
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La couronne impose le respect même au milieu du chaos. Le leader rayonne de prestance, personne ne conteste ses ordres.
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La gare d'Adjame explosa en premier. Pas au sens propre. Au sens ou dix mille personnes essayerent de sortir en meme temps par des acces concus pour mille. Un chauffeur de gbaka s'etait effondre sur son volant au milieu de la gare, bloquant trois files. Quand les apprentis ouvrirent la portiere pour le degager, il se retourna. Ce qui suivit ne dura que huit minutes, mais huit minutes dans la gare d'Adjame a l'heure de pointe, c'est une eternite comprimee. Les cris se melangerent au vacarme habituel, aux klaxons, aux appels des coxers, au bruit des moteurs diesel. Pendant trois minutes, personne ne comprit que les cris n'etaient pas normaux.
Les videos partirent d'abord sur Facebook, le reseau roi en Cote d'Ivoire. Un commercant du marche d'Adjame filma depuis le premier etage d'un immeuble. On voyait la foule en contrebas se tordre comme un organisme unique, des vagues de panique partant du centre vers les bords, des gens escaladant des voitures, des gbakas, d'autres gens. La video fut partagee soixante mille fois en quatre minutes. Puis Orange CI tomba. MTN suivit. Moov Africa tint onze minutes de plus, le temps qu'un dernier message vocal parte de l'hopital de Cocody vers un numero a Paris qui ne decrocha pas.
Le President s'adressa a la nation depuis la RTI a dix-huit heures cinquante et une. Il portait son costume habituel. Il appela au calme. Il mentionna les forces de l'ordre. Il dit le mot 'maitrise' quatre fois. A dix-neuf heures seize, le Palais de la Presidence au Plateau eteignit ses lumieres. La CIE, la compagnie d'electricite, avait coupe le quartier pour delestage a dix-sept heures quarante. Le groupe electrogene du Palais avait demarre. Puis cale. Puis refuse de redemarrer, parce que la maintenance du groupe electrogene avait ete sous-traitee a une entreprise qui avait sous-traite a une autre entreprise qui n'existait plus. La Cote d'Ivoire, premiere economie d'Afrique de l'Ouest, mourut avec un generateur en panne.
La police et la gendarmerie d'Abidjan etaient formees aux manifestations politiques, aux braquages de rue, aux tensions post-electorales qui avaient dechire le pays en 2010. Elles n'etaient pas formees a ce qui marchait hors d'Adjame vers le Plateau. Les barrages sur le boulevard Lagunaire, concus pour filtrer des voitures lors des couvre-feux, furent contournes par ce qui passait par les berges de la lagune. Les FRCI, les forces armees, deployes depuis le camp Gallieni, arriverent sur le pont De Gaulle a dix-neuf heures quarante-cinq pour decouvrir que le pont etait bloque par trois kilometres de vehicules abandonnes. L'armee ivoirienne, qui avait gagne une guerre civile, perdit un pont.
Abobo tomba en premier parce qu'Abobo tombe toujours en premier. Le quartier le plus peuple d'Abidjan, le quartier des debrouillards, des vendeurs de tout et de rien, des families entieres dans des chambres de dix metres carres. Les rues non goudronnees d'Abobo n'avaient pas de noms, les maisons n'avaient pas de numeros, les ambulances ne venaient jamais et la police rarement. C'etait un quartier invisible sur les cartes officielles. Les zombies, eux, n'avaient pas besoin de cartes. Ils suivaient le bruit, la chaleur, la densite. Abobo avait les trois.
Yopougon, de l'autre cote de la lagune, se battit. Yop City, le quartier qui avait donne le zouglou au monde, le quartier des maquis et des braises de poisson braise a chaque coin de rue. Les jeunes de Yopougon, les gnambros qui controlaient les gbakas, les frotteurs, les debrouillards de Selmer et Sicogi, s'organiserent par blocs. Les machettes sortirent, les barres de fer, les couteaux de cuisine. Les maquis de Koweyt devinrent des bases arriere. Le carrefour Rue Princesse, ou le zouglou se dansait chaque samedi, devint une barricade de voitures brulees et de tables de maquis retournees. Yopougon tint deux heures. Puis les morts arriverent par les rails de la SITARAIL, la voie ferree qui traversait le quartier, ce corridor que personne n'avait pense a bloquer.
Cocody, le quartier riche, le quartier des ministres et des ambassades, des villas avec piscine et des 4x4 climatises, decouvrit que l'argent ne mord pas en retour. Les murs des residences de la Riviera furent escalades. Les gardiens de nuit, payes quatre-vingt mille francs CFA par mois, s'enfuirent les premiers, et qui pouvait leur en vouloir. Les Deux Plateaux, avec ses restaurants libanais et ses bars a chicha, s'eteignirent table par table.
La cathedrale Saint-Paul du Plateau, chef-d'oeuvre d'architecture au-dessus de la lagune, ouvrit ses portes. Deux mille personnes s'y engouffrerent. La grande mosquee du Plateau fit de meme. Les pasteurs des eglises evangeliques de Marcory et Koumassi appelaient a la priere dans des megaphones. Les fideles vinrent. Les fideles remplirent les nefs, les cours, les salles de catechisme. Les portes furent barricadees avec des bancs et des prieres. Mais les fenetres de la cathedrale Saint-Paul etaient en verre. Le verre, meme sacre, se brise.
Treichville, le quartier historique, le quartier d'Ernesto Dje Dje et du koteba, le ventre musical d'Abidjan, brula. Les habitants mirent le feu aux rues pour creer des barrieres. L'avenue Douze crachait des flammes de dix metres. Cela ralentit les morts. Cela ne les arreta pas. Ce qui brule ne fait pas mal a ce qui ne sent plus rien.
A vingt-trois heures, le pont Houphouet-Boigny etait toujours illumine, ses lampadaires alimentes par un circuit que personne n'avait eu le temps de couper. Il reliait une rive morte a une autre rive morte. La lagune Ebrie, ce miroir noir au coeur d'Abidjan, refleta les incendies comme une nappe de petrole. L'Hotel Ivoire, ce palace des annees soixante ou les presidents se succedaient, brillait encore de ses derniers etages.
Abidjan. La Perle des Lagunes. La ville qui avait survecu a la colonisation, a deux coups d'Etat, a une guerre civile, a une crise post-electorale, a la vie. Cinq millions de survivants professionnels qui savaient que chaque matin etait un combat et chaque soir une victoire. Ce soir, il n'y eut pas de victoire.
Cinq millions de bouches. Ouvertes. Pour mordre.