Armes
- ⚔️TronçonneuseLÉG.
- ⚾Batte cloutéeRARE
- 🧹BalaiCOMMUN
Personne ne pouvait dire avec certitude ou cela avait commence. Certains accusaient le fleuve Congo, cette frontiere liquide entre les deux Congo, ou une pirogue sans piroguier avait ete retrouvee echouee pres du port fluvial du Beach, sa coque griffee de l'interieur, des traces de sang sur les bancs. D'autres pointaient le marche Total, ou un lot de poisson sale en provenance de la cuvette congolaise avait une odeur que meme les vendeuses de Poto-Poto, habituees a tout, refusaient de supporter. Quelques-uns parlaient du cimetiere du Centre-ville, ou un gardien de nuit avait signale des bruits de terre remuee avant de ne plus jamais signaler quoi que ce soit. C'etait un mardi. Dix-sept heures dix-sept. L'heure ou l'avenue de la Paix se bloquait de voitures, ou les bus bleus du reseau STPU deversaient les fonctionnaires de la Cite Administrative, ou le marche Total atteignait son pic de decibels.
« À la tombée de la nuit, la Basilique Sainte-Anne brillait encore sur le Plateau, éclairant une ville où plus rien de vivant ne restait. L'avenue Alfassa, déserte, était jonchée de 100-100 renversés et de pagnes abandonnés. Et dans l'obscurité, elle avait faim. »
Du katana à la marionnette de Billy. Du char de combat au nain de jardin. Chaque survivant a droit à 3 items : choisis-les bien. Débloque de nouveaux objets en gagnant de l'expérience.
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La couronne impose le respect même au milieu du chaos. Le leader rayonne de prestance, personne ne conteste ses ordres.
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Le marche Total explosa en premier. Ce n'etait pas le plus grand marche de Brazzaville, mais c'etait le plus dense, un bloc de commerce entre Poto-Poto et le centre-ville ou chaque metre carre etait un etat. Un vendeur de manioc s'ecroula dans l'allee centrale. Les voisins, presses les uns contre les autres par l'architecture du lieu, ne purent pas reculer quand il se releva. L'allee centrale, longue de deux cents metres et large de deux, devint un couloir de mort dans les deux sens. Les sorties laterales, des fentes entre les murs de parpaing, permirent a certains de fuir. Pas a tous.
Les videos partirent sur TikTok, filmees par les jeunes de Bacongo depuis le toit du cinema Vog. Quinze secondes de chaos urbain, des voitures abandonnees sur l'avenue de la Paix, des gens courant vers le fleuve. Airtel Congo tomba a dix-huit heures. MTN Congo a dix-huit heures cinq. La SNE, la societe d'electricite, avait fait son delestage habituel a seize heures, et Brazzaville etait deja a moitie dans le noir. La ville decouvrit que l'apocalypse ressemblait beaucoup a un mardi soir normal, mais en pire.
Le President de la Republique, par communique lu sur Tele Congo a dix-huit heures cinquante, decreta l'etat d'urgence. Il ne parut pas en personne. A dix-neuf heures vingt, le Palais du Peuple, siege du gouvernement, etait evacue. A vingt heures, le quartier administratif du Plateau etait desert. La Republique du Congo, gouvernee sans interruption depuis plus de quarante ans, prouva que la longevite au pouvoir ne preparait a rien, sauf a fuir efficacement.
Les forces armees congolaises, deployees depuis le camp du genie militaire a Mpila, arriverent sur l'avenue de la Paix a dix-neuf heures trente. Les soldats, habitues aux guerres civiles de 1997, aux milices, aux combats de rue, ouvrirent le feu avec methode. Les morts tomberent, se releverent, tomberent encore. Le concept militaire de neutralisation reposait sur l'hypothese que l'ennemi, une fois au sol, y restait. Cette hypothese s'avera fausse.
Poto-Poto tomba en premier. Le quartier le plus ancien, le plus dense, le berceau de la rumba congolaise, ou les maisons coloniales a veranda jouxtaient les cases en banco, ou les bars crachaient du Franco et du Papa Wemba a toute heure. Les ruelles de Poto-Poto, concues pour les pietons, pas pour les vehicules, devinrent des pieges lineaires. Bacongo suivit, le quartier rival de l'autre cote de la voie ferree, le quartier des Lari, le quartier de la SAPE. Les sapeurs de Bacongo, ces dandys en costumes Yves Saint Laurent et Weston, ces hommes qui avaient eleve l'elegance au rang de philosophie, moururent avec style. Leurs chaussures cirées ne les aiderent pas a courir.
Moungali, Ouenze, Talangai, les quartiers du nord tomberent un par un. La densite augmentait avec la pauvrete, et la pauvrete augmentait avec la distance au centre. Talangai, le quartier le plus peuple, un million d'habitants dans des blocs sans eau courante, sans electricite reguliere, ou les families construisaient etage sur etage sans permis et sans plan, absorba la vague et la redistribua dans toutes les directions.
La basilique Sainte-Anne du Congo, la plus grande eglise d'Afrique centrale, ouvrit ses immenses portes vertes. Trois mille fideles se presserent sous la voute verte. Les chorales chanterent. Les pretres prierent. La basilique, avec ses murs epais et son toit de tuiles, tint plus longtemps que tout le reste. Mais les morts arriverent par le parvis, cette grande place ouverte qui avait toujours ete le point de rassemblement du quartier.
A vingt-trois heures, le fleuve Congo separait toujours Brazzaville de Kinshasa. De chaque rive, on pouvait voir l'autre mourir. Les lumieres de Kinshasa, deja eteintes, et les lumieres de Brazzaville, en train de s'eteindre, se refletaient dans l'eau noire du fleuve le plus profond du monde. La Tour Nabemba, le plus haut batiment d'Afrique centrale, brillait encore a son sommet, son phare tournant sur une ville qui ne naviguait plus nulle part.
Brazzaville. Brazza la Verte. La ville de la rumba et de la SAPE. La ville qui avait survecu a trois guerres civiles et en etait sortie en dansant. Ce soir, la musique s'arreta. Un million et demi de bouches. Ouvertes. Pour mordre.