Armes
- ⚔️TronçonneuseLÉG.
- ⚾Batte cloutéeRARE
- 🧹BalaiCOMMUN
Personne ne pouvait dire avec certitude ou cela avait commence. Certains accusaient le labo de l'hopital central de Yaounde, ou des echantillons de sang en provenance de la foret du Sud avaient ete stockes dans un refrigerateur qui ne fonctionnait plus depuis le dernier delestage d'Eneo. D'autres pointaient le marche de Mokolo, ou un vendeur de viande de brousse proposait depuis lundi des morceaux d'un primate que personne n'arrivait a identifier, avec des yeux trop grands et une odeur qui faisait detourner meme les mouches. Quelques-uns parlaient de la source d'eau de Mfoundi, le marigot qui traversait la ville, contamine par quelque chose qui remontait de la terre depuis les pluies de la semaine precedente. C'etait un mardi. Dix-sept heures quatorze. L'heure ou les fonctionnaires du quartier administratif se deversaient dans les taxis jaunes, ou les motos clandestines de Biyem-Assi zigzaguaient entre les voitures, ou le carrefour Nlongkak devenait un noeud de klaxons et de vapeurs de diesel.
« À la tombée de la nuit, le Monument de la Réunification brillait encore, éclairant une ville où plus rien de vivant ne restait. L'avenue Kennedy, déserte, était jonchée de pagnes abandonnés et de sandales éparses. Et dans l'obscurité, elle avait faim. »
Du katana à la marionnette de Billy. Du char de combat au nain de jardin. Chaque survivant a droit à 3 items : choisis-les bien. Débloque de nouveaux objets en gagnant de l'expérience.
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La couronne impose le respect même au milieu du chaos. Le leader rayonne de prestance, personne ne conteste ses ordres.
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Le marche de Mokolo fut le premier. Mokolo, le coeur commercial de Yaounde, ou l'on trouvait tout, des chaussures italiennes contrefaites aux gris-gris du nord, du poisson braise au remede contre l'impuissance. Un boucher s'effondra dans l'allee des condiments a dix-sept heures seize. Ses voisins de stand, habitues aux malaises dans la chaleur de quarante degres sous tole, l'aspergerent d'eau. Il se releva differemment. Les premieres victimes furent les vendeuses de tomates de l'allee adjacente, coincees entre leurs etals et le mur, sans issue. Les cris se melangerent aux cris habituels de Mokolo, aux appels des vendeurs, aux disputes de prix, et pendant cinq minutes, le marche ne comprit pas qu'il mourait.
Les videos partirent sur WhatsApp, parce qu'au Cameroun tout passe par WhatsApp. Un fonctionnaire du ministere des Finances, coince dans un taxi sur le boulevard du 20 mai, filma ce qui ressemblait a une emeute pres du marche. Un etudiant de l'Universite de Yaounde I posta un vocal de quarante-sept secondes en camfranglais, moitie francais moitie pidgin, decrivant ce qu'il voyait depuis le toit de la cite universitaire. MTN Cameroun tomba a dix-sept heures cinquante-huit. Orange Cameroun a dix-huit heures trois. Pas a cause des zombies. A cause du reseau, qui tombait deja chaque soir entre dix-huit et vingt heures quand tout le monde appelait en meme temps, et qui ce soir tomba simplement un peu plus tot.
Le President de la Republique ne s'adressa pas a la nation. Le President de la Republique etait en deplacement, comme souvent, et le communique officiel fut lu par le ministre de la Communication sur la CRTV a dix-huit heures cinquante-deux. Il dura deux minutes. Il mentionna un incident sanitaire. Il appela au calme. Il rappela que le Cameroun etait un pays de paix. A dix-neuf heures vingt, la CRTV cessa d'emettre. Le Palais de l'Unite, perche sur sa colline au-dessus de la ville, eteignit ses lumieres, et cette fois ce n'etait pas Eneo.
Les forces de maintien de l'ordre, le BIR, les gendarmes, la police, tenterent d'etablir un perimetre au rond-point de la Poste Centrale. Le BIR, les soldats d'elite du regime, ceux qu'on deployait contre Boko Haram dans l'Extreme-Nord, arriverent avec des blindes. Mais Yaounde n'est pas le Sahel. Yaounde est une ville de collines, de ravins, de quartiers construits dans des pentes impossibles ou les rues n'existent que de nom. Les blindes ne grimpent pas les escaliers de Briqueterie. Les balles ne servent a rien contre ce qui continue d'avancer apres la dixieme balle.
Briqueterie tomba avec la violence que Briqueterie connaissait deja. Le quartier musulman, serre entre la colline et le marigot, ou les ruelles de terre battue devenaient des torrents de boue a chaque pluie. Les maisons de parpaings sans enduit, collees les unes aux autres, partageant des murs, partageant des cours, partageant maintenant une contagion qui ne connaissait pas les frontieres entre voisins. Le chef de quartier organisa les jeunes avec ce qu'ils avaient. Ils tinrent le pont du Mfoundi pendant une heure. Puis l'eau du marigot leur amena ce que la route n'avait pas encore apporte.
La Cite Verte, Essos, Mimboman, les quartiers populaires tomberent un par un. Chaque quartier raconta la meme histoire differemment. A Essos, ce furent les bars qui se transformerent en refuges puis en pieges, les buveurs de Beaufort et de 33 Export barricades derriere des tables en plastique. A Mimboman, les bayam-sellam, ces femmes qui vendaient au bord des routes, furent les premieres a comprendre et les premieres a organiser la fuite des enfants. A Mendong, le grand seminaire catholique ouvrit ses portes et quatre cents personnes s'engouffrerent dans la chapelle.
Bastos, le quartier des ambassades et des villas ministerielles, tomba avec le silence particulier des quartiers riches. Les murs de quatre metres, les barbes electriques, les gardes prives, tout cela tint le temps que l'electricite tint. Quand Eneo lachale secteur a vingt heures quarante-cinq, delestage normal, programme, inebranlable meme en apocalypse, les clotures electriques moururent et les portails automatiques resterent fermes. Les ministres qui n'avaient pas encore fui par la route de l'aeroport de Nsimalen decouvrirent que leurs bunkers de luxe n'avaient qu'une sortie.
L'Universite de Yaounde I, sur la colline, devint un refuge naturel. Les etudiants barricaderent les amphitheatres avec les bancs en bois. Le campus, construit a flanc de colline, offrait une vue sur toute la ville. Depuis l'amphi mille de la Faculte des Sciences, mille deux cents personnes regarderent Yaounde s'eteindre quartier par quartier, les lumieres disparaissant comme des etoiles dans un ciel qui se couvre.
A vingt-trois heures, la basilique Marie-Reine-des-Apotres de Mvolyee, perchee sur sa colline, etait encore visible de partout. Son dome blanc captait la lumiere de la lune et des incendies. Le monument de la Reunification au rond-point du meme nom, cette spirale de beton qui symbolisait l'unite des deux Cameroun, se dressait au milieu d'un carrefour ou plus rien ne circulait sauf ce qui n'avait plus besoin de destination.
Yaounde. La ville aux sept collines. La capitale qu'on disait endormie, comparee a Douala la tumultueuse, Yaounde la fonctionnaire, Yaounde la lente. Ce soir, Yaounde decouvrit que la lenteur n'est pas un avantage quand ce qui arrive ne se presse pas non plus.
Trois millions de bouches. Ouvertes. Pour mordre.