Armes
- ⚔️TronçonneuseLÉG.
- ⚾Batte cloutéeRARE
- 🧹BalaiCOMMUN
Personne ne pouvait dire avec certitude ou cela avait commence. Certains accusaient le fleuve Niger, dont les berges a Lamorde avaient rejete quelque chose que les pecheurs Sorko refusaient de decrire, quelque chose qui n'etait ni poisson ni crocodile ni homme mais qui avait des dents. D'autres pointaient le marche de betail de Tourakou, ou un troupeau de zebus venue du nord avait ete vendu a prix brade, les betes etrangement dociles, les yeux voiles, la viande deja grise avant l'abattage. Quelques-uns parlaient du puits artesien de Gamkalle, ou l'eau avait change de couleur apres les derniers forages et ou les femmes qui en buvaient avaient de la fievre depuis trois jours. C'etait un mardi. Dix-sept heures vingt et une. L'heure ou le Petit Marche de Niamey debordait de ses murs, ou les fadas, ces groupes de jeunes qui refaisaient le monde assis sur des nattes, se rassemblaient aux carrefours, ou les taxis collectifs de la route de Tillaberi roulaient si charges que les essieux gemissaient.
« À la tombée de la nuit, la Grande Mosquée brillait encore au-dessus du fleuve Niger, éclairant une ville où plus rien de vivant ne restait. L'avenue du Zarmaganda, déserte, était jonchée de taxis renversés et de boubous abandonnés. Et dans l'obscurité, elle avait faim. »
Du katana à la marionnette de Billy. Du char de combat au nain de jardin. Chaque survivant a droit à 3 items : choisis-les bien. Débloque de nouveaux objets en gagnant de l'expérience.
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La couronne impose le respect même au milieu du chaos. Le leader rayonne de prestance, personne ne conteste ses ordres.
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Le Grand Marche de Niamey, reconstruit apres l'incendie de 2013, fut le premier a tomber. Le batiment moderne, avec ses allees larges et ses ventilateurs, n'empecha rien. Un vendeur de the s'ecroula devant son brasero a dix-sept heures vingt-trois. Les etincelles du charbon lui brulerent le visage sans qu'il reagisse. Quand il se releva, le premier client qu'il saisit crut a une crise de chaleur. Il faisait quarante-cinq degres. A Niamey, tout pouvait etre blame sur la chaleur. Les cris mirent sept minutes a couvrir le bruit des ventilateurs.
Les vocaux WhatsApp circulerent en zarma et en haoussa. Un instituteur de Yantala envoya un message de vingt secondes a son groupe de collegues, decrivant des gens qui marchaient bizarrement sur le boulevard de la Republique. Un chauffeur de taxi decrivit en haoussa ce qu'il voyait pres du pont Kennedy. Airtel Niger tomba a dix-huit heures. Zamani Telecom a dix-huit heures cinq. La NIGELEC, fidele a elle-meme, avait deja coupe Niamey depuis quatorze heures. La ville la plus chaude du monde vivait sans climatisation, sans lumiere et maintenant sans reseau. La normalite nigerienne etait deja un scenario d'apocalypse. L'apocalypse reelle passa presque inapercue.
Le general au pouvoir apparut sur Tele Sahel a dix-huit heures quarante-huit. Il parla de menace securitaire. Il decreta le couvre-feu. Le couvre-feu, cet outil que le Niger connaissait par coeur depuis les annees de terrorisme, les annees de coups d'Etat, les annees de tout. A dix-neuf heures quinze, la garnison de Niamey fermait ses portes. L'armee nigerienne, deployee a Diffa contre Boko Haram, dans le Tillaberi contre l'EIGS, a Agadez pour surveiller les routes migratoires, n'avait personne a envoyer dans sa propre capitale. Le Niger avait tellement d'ennemis aux frontieres qu'il n'avait plus de soldats au centre.
Les forces de l'ordre dresserent un barrage sur le pont Kennedy, le seul pont reliant les deux rives de Niamey. La rive gauche, ou vivait la majorite, regardait la rive droite, ou siegeait le pouvoir. Le pont tint une heure. Les gendarmes tirerent jusqu'a la derniere cartouche. Puis ce qui traversait le pont en marchant passa sur les corps des gendarmes et continua vers la Presidence.
Gamkalle tomba en premier. Le quartier populaire au bord du fleuve, ou les cases en banco se melangeaient aux maisons en parpaing, ou les familles de vingt dormaient dans des cours sablonneuses sous des nattes. Les ruelles de sable, trop etroites pour les vehicules, sans eclairage, sans adresse, furent les veines par lesquelles la mort circula. Les chefs coutumiers organiserent les hommes avec des lances et des coupe-coupe. A Gamkalle, on chassait encore le crocodile. On se battait encore avec des armes qui avaient traverse des siecles. Mais les crocodiles, au moins, pouvaient mourir.
Yantala, Talladje, Lazaret, les quartiers populaires s'effondrerent les uns apres les autres. Chaque concession, chaque famille elargie derriere ses murs de banco, devint une unite de contagion autonome. La solidarite sahelienne, cette obligation sacree de nourrir l'etranger, d'ouvrir sa porte a quiconque frappait, transforma chaque acte de generosite en condamnation.
La Grande Mosquee de Niamey, le minaret le plus haut du Niger, appela a Isha. L'imam rassembla trois mille fideles dans la cour de la mosquee. Les hommes prierent front contre le sable. Les femmes prierent a l'etage. La priere monta dans l'air brulant. Elle monta assez haut pour couvrir les cris, pendant un moment.
A vingt-trois heures, le musee national de Niamey, avec son arbre du Tenere reconstitue, ce squelette d'acacia qui avait ete l'arbre le plus isole du monde avant qu'un camion ne le renverse, se dressait dans un jardin vide. Le fleuve Niger coulait, lent et large, reflétant une lune jaune qui eclairait une ville sans electricite, sans telephone, sans gouvernement et maintenant sans vivants.
Niamey. La ville ou le Sahel rencontrait le fleuve. La ville ou les fadas philosophaient chaque soir en buvant du the sucre. La ville ou la chaleur etait si forte que les murs craquaient et ou les hommes ne craquaient pas. Ce soir, les murs et les hommes craquerent ensemble.
Un million et demi de bouches. Ouvertes. Pour mordre.